*« Réfléchir sur ses conceptions, c'est se regarder penser pour mieux penser son action. C'est l'art de questionner les évidences qui guident invisiblement notre métier. »*
Développer la capacité à prendre du recul critique sur ses propres conceptions, valeurs et normes concernant l'enseignement et l'apprentissage, à en analyser les origines biographiques, et à articuler un discours professionnel éclairé par la théorie et l'expérience pour ajuster ses pratiques de manière consciente et alignée.
*« Nos conceptions sont les lunettes à travers lesquelles nous voyons notre métier ; il faut parfois les nettoyer, les ajuster, ou en changer de paire. »*
Penser à l'effet de loupe : Nos conceptions nous font voir certains aspects (ce qui confirme nos croyances) et en cachent d'autres. La réflexion critique consiste à changer régulièrement de focale.
Une conception non réfléchie est un pilote automatique. Une conception réfléchie est une boussole qu'on consulte régulièrement pour ajuster sa route.
Tenir un **journal réflexif** structuré pour documenter régulièrement mes pratiques, mes questionnements et mes prises de conscience.
Mener une **enquête sur ma propre biographie** d'apprenant et de formateur : Quelles figures ont marqué ma vision ? Quels échecs/ succès l'ont façonnée ?
Confronter systématiquement mes interprétations d'une situation à **au moins deux cadres théoriques différents** (ex: andragogie vs socio-constructivisme) pour éviter le dogmatisme.
Participer à des **groupes d'analyse de pratiques ou de co-développement** pour être confronté à d'autres perspectives et enrichir ma réflexion.
Modèle décrivant la profondeur de la réflexion professionnelle : 1. Réflexion technique : Se concentre sur l'efficacité des moyens pour atteindre des objectifs donnés (“Est-ce que cette méthode a fonctionné ?”). 2. Réflexion pratique : Interroge les valeurs, les présupposés et les conséquences des actions pédagogiques (“Quelles valeurs sous-tendent mon choix de cette méthode ? Quel impact a-t-elle eu sur le climat ?”). 3. Réflexion critique : Remet en question le cadre social, politique et idéologique dans lequel s'inscrit l'action (“Ce que je fais sert-il à reproduire ou à transformer les inégalités ? Qui a défini ces objectifs ?”).
L'habitus est l'ensemble des dispositions (manières de penser, de sentir, d'agir) acquises par socialisation, qui structure nos perceptions et nos actions de manière souvent inconsciente. Notre biographie (classe sociale, éducation, expériences) forge notre habitus de formateur.
📊 Champs de la réflexion sur ses conceptions
| Dimension | Lien vers carnet | Lien vers portfolio |
| — | — | — |
| 🎭 Mon rôle et mon identité de formateur (Conceptions du métier, posture) | 📖 Détail | 📎 Preuve |
| 📜 Mes valeurs professionnelles (selon Schwartz) (Éthique, bienveillance, équité) | 📖 Détail | 📎 Preuve |
| ⚖️ Mes normes et attentes (Règles implicites, culture professionnelle) | 📖 Détail | 📎 Preuve |
| 🔄 Processus et cycles de réflexion (Modèles, outils, régularité) | 📖 Détail | 📎 Preuve |
| 📖 Travail sur la biographie et l'habitus (Origines des conceptions) | 📖 Détail | 📎 Preuve |
💡 Chaque dimension invite à un travail d'élucidation sur un pilier de votre identité professionnelle.
| Outil | Utilité | Lien vers détail |
| — | — | — |
| 📓 Journal réflexif structuré (modèle 3 niveaux) | Carnet avec des invites pour écrire après une séquence : 1) Ce qui s'est passé (fait), 2) Ce que j'en pense et ressens (interprétation/émotion), 3) Ce que cela questionne dans mes conceptions/théories (analyse). | 📖 Voir le modèle |
| 🗺️ Carte d'identité professionnelle (valeurs, croyances, modèles) | Schéma visuel à compléter et à mettre à jour régulièrement, synthétisant mes valeurs clés, mes croyances sur l'apprentissage, mes modèles théoriques de référence et mes figures inspirantes. | 📖 Voir le modèle |
| 🔍 Grille d'analyse biographique (clés de lecture) | Liste de questions pour investiguer l'origine de ses conceptions : Qui ont été mes formateurs modèles/contre-modèles ? Quel épisode d'échec/réussite a marqué ma vision ? Quel est mon rapport institutionnel à l'autorité, au savoir ? | 📖 Voir la grille |
—
Clés de réussite identifiées :
Points de vigilance :
✅ Ce que j'ai appris :
⚠️ Ce que je veux améliorer :
🛠️ Outils maîtrisés :
🔧 Outils à approfondir
Comment j'articule différentes théories d'apprentissage dans un même concept ?
Ma conception personnelle est un écosystème théorique. J'utilise l'andragogie comme principe de base pour le public. Le socio-constructivisme guide ma vision des interactions. Les théories de la motivation éclairent mon engagement. La réflexion critique consiste à savoir laquelle de ces “lentilles” est la plus pertinente pour analyser une situation donnée, sans chercher à imposer une vérité unique.
Quels principes didactiques j'utilise systématiquement ?
Le principe de congruence : Mes méthodes doivent être en accord avec mes valeurs affirmées (si je valorise l'autonomie, je ne peux pas tout diriger). Et le principe d'humilité épistémique : Je ne détiens pas toute la vérité sur l'apprentissage ; je suis moi-même en apprentissage sur l'apprentissage.
Comment j'assure la cohérence entre vision et pratique ?
Je pratique le “test de cohérence” : pour chaque décision pédagogique importante, je me demande : “Cette décision est-elle cohérente avec la conception de l'apprentissage que je défends ?”. Je sollicite aussi des feedbacks d'apprenants non pas sur mon charisme, mais sur le degré de cohérence qu'ils perçoivent entre ce que je dis (mes valeurs) et ce que je fais (mes actes pendant la formation).
H2 a été pour moi le miroir le plus exigeant. J'ai découvert que beaucoup de mes “évidences” pédagogiques étaient en fait des héritages – de mes propres formateurs, de la culture scolaire dans laquelle j'ai baigné, de mes premières expériences réussies ou ratées. Prendre conscience de cet habitus a été à la fois déstabilisant et libérateur. Déstabilisant, car cela remet en cause l'idée d'une pratique “naturelle”. Libérateur, car cela signifie que je peux choisir de changer ces schémas si je les estime inadaptés.
Le plus difficile a été d'apprendre à tolérer l'inconfort de la remise en question permanente. Il est plus confortable de croire que “ma méthode est la bonne”. H2 m'oblige à vivre dans un état de doute professionnel fécond, où chaque session est à la fois une action et une expérience d'apprentissage sur ma propre façon de faire.
*« Je pensais qu'un bon formateur devait avoir des convictions solides. J'ai appris qu'un bon formateur devait avoir la capacité de mettre ses convictions en doute, de les soumettre à l'épreuve du réel et du dialogue avec les autres. La solidité ne réside plus dans la croyance, mais dans le processus de réflexion lui-même. »*
Mon rôle a profondément évolué. Je ne suis plus seulement un praticien qui applique des techniques, mais un praticien-chercheur qui interroge en permanence le sens et les effets de son action. Je suis devenu l'objet et le sujet de ma propre recherche professionnelle.
Je me perçois maintenant comme un artisan réflexif. Mon matériau, ce sont les situations d'apprentissage. Mon atelier, c'est l'espace de réflexion (journal, discussions, lectures). Mon chef-d'œuvre n'est pas une session parfaite, mais une pratique en évolution constante, de plus en plus consciente, alignée et ajustée. L'expertise en H2 ne se mesure pas à la justesse de mes réponses, mais à la qualité des questions que je me pose.
Page mise à jour le {{date | Auteur : [Eugénie Decré] | Version : 1.0}}